Sur sa page Facebook, le Conseil départemental du Jura tente une justification de sa technique d’enduit superficiel d’usure (ESU) pour l’entretien des routes que nous, motards, appelons l’enfer des gravillons, et qui n’est finalement qu’un cache-misère.
Pourquoi ce procédé est-il un danger public pour les deux-roues ? On pose le pied à terre pour analyser le problème… d’autant que pour 2026, le Conseil départemental du Jura annonce pas moins de 56 chantiers programmés !
Si pour les automobilistes c’est une nuisance qui menace leur pare-brise, pour nous, les motards, c’est une tout autre histoire : c’est l’un des pires pièges de la route, une loterie où l’on joue notre équilibre à chaque virage.
L’effet « roulement à billes » : adhérence zéro
Le principe de l’enduit superficiel consiste à balancer une émulsion de bitume chaud avant de projeter des tonnes de gravillons par-dessus. Le problème majeur, c’est le surplus. Des milliers de petits cailloux ne se fixent jamais au goudron.

Pendant les jours — voire les semaines — qui suivent le chantier, ces pierres restent libres sur la chaussée. Pour un pneu de moto, ce n’est pas de la route : c’est un tapis de billes.
En virage, la moindre phase sur l’angle devient une roulette russe. Le pneu avant décroche sans prévenir au contact des gravillons mobiles. Le freinage est presque rendu impossible : l’arrière balaie, l’avant glisse, et l’ABS s’affole complètement, rallongeant les distances de manière dramatique.
Rouler en groupe ou croiser d’autres véhicules sur une zone de gravillonnage fraîche, c’est aussi l’assurance de se faire canarder. Une voiture ou un camion qui passe à côté de vous projette ces missiles de silex à hauteur d’homme. Ce ne sont pas seulement les peintures des réservoirs ou les têtes de fourche qui trinquent : ce sont les visières de casques qui se rayent instantanément, les mains (malgré les gants) et le torse qui ramassent. Autant dire que garder sa trajectoire et sa concentration quand on se fait mitrailler relève de l’exploit.
Le piège thermique : le ressuage d’été

Vous pensez être tranquille une fois que les voitures ont fini par chasser les gravillons sur les côtés ? C’est oublier le deuxième effet Kiss-Cool de l’enduit superficiel : sa fragilité face à la chaleur.
Dès que le thermomètre grimpe en été, le bitume utilisé pour ces enduits (souvent moins résistant que le vrai bitume des enrobés) se liquéfie et remonte à la surface. C’est ce qu’on appelle le ressuage. La route se couvre de grandes plaques noires, lisses et collantes. Sur ces zones, le pneu surchauffe, glisse de manière très vicieuse, et si par malheur un orage d’été éclate là-dessus, la chaussée se transforme instantanément en patinoire digne du verglas d’hiver.
C’est d’ailleurs ce phénomène qui nous vaut, en été, des épandages de lait de chaux sur les chaussées, afin de les blanchir et ainsi d’essayer d’en abaisser la température.
Juste un cache-misère
De plus, l’ESU ne renforce pas la structure de la route, il se contente de l’imperméabiliser.
Autrement dit, si la départementale était déformée, truffée d’affaissements en rive (sur les bords) ou d’orniérages, l’enduit va simplement épouser ces défauts.
Pour un motard, une route qui a l’air neuve visuellement mais qui a gardé toutes ses bosses et ses vagues en sous-sol est un piège à trajectoire. Les suspensions pompent, la moto bouge, et la confiance s’envole.
Un combat de la FFMC
Face à ces travaux, la FFMC 39 exige des gestionnaires routiers un respect strict des règles de sécurité :
- Un balayage mécanique obligatoire et rapide du surplus de gravillons dans les 48 heures (et pas seulement sur la trajectoire des voitures, car les résidus finissent tous au milieu ou sur l’extérieur de la voie, là où les motos passent).
- Une signalisation claire et visible bien en amont, et pas implantée au tout dernier moment en plein virage.
Ce serait un minimum, qui n’est pas toujours respecté !
Côté conduite, face au gravillonnage, il n’y a malheureusement pas de formule magique. La seule règle, c’est l’anticipation maximale : on redresse la moto, on réduit l’angle, on garde des distances de sécurité XXL avec les véhicules devant pour éviter les projections, et surtout, on garde l’œil grand ouvert sur les zones d’ombres où le bitume brille un peu trop.
Et on serre les fesses à défaut de pouvoir croiser les doigts… Mais de ça, le Conseil départemental n’en a cure.